Définition
Le récit se déroule sans le public et ne l'attend pas. Ce qu'on lui confie, c'est la place d'où on regarde : quelle caméra, quel témoin, quel moment, à quelle vitesse.
C'est le rôle le plus fréquent du documentaire interactif, et le plus honnête quand la matière est réelle : on ne va pas laisser le public modifier ce qui est arrivé. La liberté d'angle est la seule qu'on puisse lui donner sans mentir.
Schéma
les événements ──────────────────────────────► (fixes)
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regard regard regard
(angle 1) (angle 2) (angle 3)
Ce qui se déplace : la position du regard
Ce qui ne se déplace pas : une seule chose de ce qui arriveCe que l'angle produit
filme quarante jours de part et d'autre de la même frontière et laisse choisir par qui commencer. Aucun fait ne bouge. Ce qui change, c'est de quel côté on était installé pour les recevoir, et le dispositif tient entièrement là-dessus : deux vies ordinaires, à quelques kilomètres, à la même heure.
Wei or Diepousse le principe au montage. Le récit est fixe, les caméras sont multiples, et refaire le parcours en changeant de point de vue donne une autre affaire à partir des mêmes images.
One Shared Houselaisse entrer dans un immeuble communautaire d'Amsterdam par n'importe quel habitant. Trente ans d'histoire, un lieu, plusieurs témoins : la structure concentrique est faite pour ce rôle.
Phallainaet The Boat en donnent la version minimale : le geste ne choisit même plus un angle, seulement un rythme. On pousse l'image, l'histoire avance, et rien n'attend de décision. Ça fonctionne, ce qui vaut d'être noté avant de croire qu'il faut brancher pour impliquer.
Ce que ça permet, et ce que ça interdit
Ça permet de garder la maîtrise complète de ce qui se raconte tout en donnant une liberté réelle. La production reste linéaire : on écrit chaque module une fois.
Ça interdit la culpabilité. Un fantôme ne peut rien avoir sur la conscience, donc il ne peut pas non plus être bouleversé par ce qu'il a fait. Ce n'est donc pas le rôle d'un sujet qui porte sur la responsabilité : voir un personnage ou le poids du choix.
Erreurs courantes
- Habiller le rôle en autre chose. Une interface qui dit « agissez » pour un public qui ne peut qu'observer produit un faux choix
- Multiplier les angles sans qu'aucun ne dise quelque chose. Trois caméras n'informent que si elles ne montrent pas la même chose
- Oublier de terminer. Un fantôme peut errer indéfiniment ; c'est à l'auteur de décider où le regard se pose en dernier
En pratique
C'est le rôle le plus tenable avec de la matière documentaire, et le moins cher à produire.
Deux angles bien opposés valent mieux que six. La comparaison est l'information ; au-delà de trois, plus personne ne compare.
Ce que l'angle révèle est le seul critère. Si passer de l'un à l'autre ne change pas ce qu'on comprend, c'est un menu, pas un point de vue.