Pourquoi c'est inspirant
Le dispositif est un protocole, pas une mise en scène. Deux personnes, deux caméras, une question tirée au sort, et personne pour intervenir. Tout le travail d'écriture est en amont : ce sont les questions qui font le film. À rapprocher de Sol LeWitt — l'œuvre est la consigne, l'exécution appartient à d'autres.
Le montage est délégué au spectateur. On ne regarde pas une conversation montée : on choisit la question suivante, donc on décide où la conversation va. Le pouvoir donné est réel et ne coûte rien à produire, parce que tout a été tourné.
Ça a survécu en changeant de support. Le même protocole s'est vendu en paquets de cartes, sans écran ni serveur. Rare exemple d'une œuvre en ligne qui trouve une seconde vie en carton plutôt que l'inverse — voir hors écran.
Ce qui coince
La forme est si reproductible qu'elle est devenue un format à vidéos courtes, puis un produit. Ce qui était un dispositif documentaire est aujourd'hui une marque, et il faut chercher pour retrouver l'œuvre interactive d'origine derrière le catalogue.
Et le spectateur reste un fantôme : il oriente la conversation sans jamais y être. C'est confortable, un peu trop — l'intimité est celle des autres, et rien n'est demandé en retour.