Définition
Une décision qui se présente comme rationnelle — de quoi peser est donné, des conséquences sont annoncées — et qui se révèle sans portée. Le récit continue identique, éventuellement repeint.
Le mot important est annoncée. Un choix exploratoire ne change rien lui non plus et ne blesse personne : il n'a jamais rien promis. Ce qui sépare les deux n'est pas dans le code, c'est dans ce que l'œuvre a laissé croire avant qu'on tranche.
Schéma
Faux choix Choix honnête qui converge
« Sauver Marie ou Jean ? » « Par qui commencer ? »
┌─────┴─────┐ ┌─────┴─────┐
A B A B
└─────┬─────┘ └─────┬─────┘
même scène suivante même scène suivante
vue d'un autre bord
Promis : « ça compte » Promis : « le point de vue est
Livré : rien à choisir »
Livré : çaLe dessin est le même des deux côtés. C'est la ligne du bas qui décide.
Ce qui blesse n'est pas la convergence
Presque toute œuvre qui branche finit par recoller ses branches : un arbre double sa production à chaque nœud, et personne n'a le budget d'un arbre complet. Recoller est le métier, pas la faute.
Wei or Diefixe le récit et laisse choisir la caméra. Rien de ce qui est fait ne modifie ce qui arrive à Wei, et rien dans l'œuvre ne prétend le contraire. Personne ne se sent trompé.
Gaza / Sderotfait plus fort avec moins : choisir par qui commencer ne change pas un fait des quarante jours filmés, ça change de quel côté on était installé pour les recevoir. La promesse tient parce qu'elle était juste.
À l'inverse, quand la communication repose sur le nombre — cent quatre-vingts points de décision chez Late Shift, le compte des fins chez Bandersnatch — l'œuvre signe un contrat que le second passage vient vérifier. Un choix ne doit jamais promettre plus que ce que l'œuvre a les moyens de tenir.
Le cas d'école
met le spectateur devant une victime et des décisions à prendre. À chaque mauvaise réponse, l'œuvre reprend la main et rejoue la scène jusqu'à ce que la bonne tombe. L'échec n'est jamais permis, donc rien ne coûte rien.
Il n'y avait pourtant rien à produire de plus pour que ça tienne. En secourisme, la seule fin acceptable est celle où la victime survit : l'œuvre avait une excellente raison de n'avoir qu'une issue, il suffisait de le dire. Beaucoup de faux choix sont des œuvres correctes qui se sont mal annoncées.
Quand ce n'en est pas un
Le choix qui change le regard. Il déplace la position du public sans toucher à l'intrigue, et ne l'a jamais prétendu. C'est Jeu d'influences : l'affaire suit son cours, ce qui se transforme est jusqu'où on était prêt à aller. Voir le poids du choix.
Le récit qui ne branche pas. Phallaina se lit en poussant l'image pendant une heure : la main travaille, la séquence ne bouge pas d'un pouce. Un récit linéaire réussi n'a pas de compte à rendre.
Le choix mineur assumé. Toutes les décisions ne doivent pas peser. Le problème n'apparaît que si on les vend au prix des grandes.
Le repérer
Les deux tests de la page des types de choix : refaire le parcours à l'envers, puis enlever l'interaction et voir si le récit tient debout.
Un troisième, pour une œuvre qu'on n'a pas le temps de rejouer : lire sa page de présentation avant d'y entrer, et noter ce qu'elle promet. C'est contre ce texte-là que le faux choix se mesure, pas contre un idéal d'interactivité.
En pratique
La cause est presque toujours de production : un arbre trop ambitieux, un calendrier qui n'a pas suivi, des branches recollées à la fin.
Écrire la conséquence avant la question. Tant que ce que l'autre porte produit ne se dit pas en une phrase, la question n'est pas écrite.
De la mémoire plutôt que des branches. Trois variables dans une structure à état produisent plus de sensation de conséquence que dix branches jamais terminées.
Et le conseil qui revient partout ici : peu de choix, mais qui comptent. Cinq fins tenues valent mieux que trente annoncées.