Pourquoi c'est inspirant
Le temps est commun, le regard est libre. Toutes les sources partagent une même horloge. Changer de caméra ne rembobine rien : ce qui se passait ailleurs continuait de se passer. C'est une structure parallèle à l'état pur, et le montage passe au spectateur.
Manquer quelque chose fait partie du dispositif. On ne verra pas tout, jamais. Ce qu'on a raté a bel et bien eu lieu : c'est la mécanique du choix exploratoire, et elle produit exactement le malaise du sujet : personne n'a la version complète de cette nuit-là.
Le found footage justifie l'interface. Puisque ce sont des téléphones d'étudiants, la mauvaise image, le cadre de travers et le son saturé ne sont pas des défauts. La forme trouvée sert le fond au lieu de le décorer.
C'est du cinéma qui a besoin du web. Les mêmes rushes montés linéairement donneraient un film correct et sans intérêt particulier. Là, c'est la navigation qui raconte. À montrer à quiconque pense que le web est un canal de diffusion pour la vidéo.
Ce qui coince
Le récit ne bifurque pas. Les événements sont écrits, tournés, fixés : on choisit son point de vue, pas la suite. Le sous-titre honnête serait « montage interactif », pas « fiction à embranchements », et ça vaut la peine de le trancher en cours, parce que la confusion entre les deux est permanente.
Rester quarante-cinq minutes attentif à choisir sa caméra, c'est un effort. Beaucoup lâchent la commande et laissent tourner ; le dispositif redevient alors une vidéo ordinaire.