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Choix Exploratoire

Il n'y a pas de quoi décider, et c'est voulu. On choisit pour voir. La curiosité remplace le calcul, et ça marche très bien tant que l'œuvre ne prétend pas le contraire.

Famille
choix
Illustré par
Hors-Jeu — Le football, cartes sur table, Wei or Die, Phallaina
Voir aussi
Structure Élastique, Structure Constellation (Rhizome), Choix Rationnel, Faux Choix

Définition

Le public choisit sans information préalable, parce que l'ordre lui appartient ou parce qu'il veut savoir ce qu'il y a derrière la porte. Le fil principal ne dévie pas : ce qui change, c'est ce qu'on aura vu et dans quel ordre.

C'est le choix rationnel moins l'information — et ce n'est pas un faux choix, parce que rien n'a été promis. La différence ne se lit pas dans le dispositif, elle se lit dans la phrase de présentation.

Schéma

Exploratoire                     Rationnel

  ──●──────●──────●──►             ──●──►  A ──► fin A
    │      │      │                  └──►  B ──► fin B
    ○      ○      ○
  digressions optionnelles         le tronc se sépare
  dont on revient                  et ne revient pas

Ici on choisit l'ordre           Ici on choisit la suite
et la quantité                   et on ne revient pas

Trois façons de s'en servir

Choisir l'angle. Wei or Die fixe le récit et donne les caméras. Ce qui arrive à Wei ne se décide pas ; l'endroit d'où on le regarde, si. L'œuvre ne promet rien d'autre, et elle le tient.

Choisir l'ordre. Hors-Jeu découpe dix-huit mois d'enquête sur la corruption du football en quatre-vingt-dix-neuf cartes à collectionner. Chacune tient seule, aucun ordre n'est imposé, et personne n'est obligé de tout voir : une constellation appliquée au journalisme.

Choisir de s'arrêter. Phallaina se lit d'un bout à l'autre en poussant l'image ; ce qu'on choisit, c'est le temps qu'on passe sur chaque passage. Le geste appartient au lecteur, la séquence appartient à l'auteur.

Dans les trois cas la liberté est réelle. Ce qu'elle ne fait pas, c'est déplacer l'intrigue — et aucune des trois œuvres ne le prétend.

Ce que ça permet

Le rapport coût/effet est le meilleur des trois types de choix. Il n'y a pas de branche à écrire deux fois : chaque module est écrit une seule fois et vu par qui le veut bien. C'est ce qui rend possible une structure élastique — un fil qu'on suit, des digressions dont on revient — sans exploser la production.

C'est aussi ce qui convient à la matière documentaire, où le fond ne se renégocie pas : on ne va pas laisser le public modifier ce qui est arrivé. Lui laisser l'ordre et la profondeur est la seule liberté honnête qu'on puisse lui donner.

Erreurs courantes

  • L'annoncer comme rationnel. C'est là, et seulement là, que ça devient un faux choix
  • Croire qu'exploratoire veut dire facultatif : un module qu'on peut sauter doit quand même tenir seul, et supposer que le public l'a vu est le bug le plus courant
  • Confondre exploration et menu. Choisir l'ordre des chapitres d'un webdoc, c'est ce que demandait un DVD de 2003 ; ce n'est pas un défaut, ça en devient un quand toute la communication repose dessus
  • Ne pas montrer ce qui reste à voir. Sans repère, la liberté d'ordre se vit comme de la désorientation

En pratique

C'est le type de choix qui convient à un projet court, et il vaut mieux le dire franchement que de faire semblant d'avoir écrit un arbre.

Des modules qui tiennent seuls. Chacun doit se comprendre sans ce qui le précède : c'est la seule contrainte, et elle est sérieuse.

Le dire dans la première phrase. « Explorez dans l'ordre que vous voulez » est une promesse tenable. « Vos choix comptent » ne l'est pas.

Une carte. Une progression visible, un compteur, des cases qui se remplissent : la curiosité a besoin de savoir qu'il reste quelque chose.