Ce qui fonctionne
Le vote est comparé à celui de tous les autres. L'écran n'affiche pas seulement le résultat de la séance : il le met en regard du cumul de toutes les séances depuis l'ouverture. On ne découvre pas ce que la salle pense, on découvre en quoi la salle diffère de six mois de public. C'est ce détail d'affichage qui fait passer le dispositif du sondage à l'observation sociologique, et il ne coûte qu'une deuxième barre.
L'objection est nommée avant d'être réfutée. « C'est la faute de la technologie », « il y aura toujours des solutions techniques », « quelques degrés, qu'est-ce que ça change ». Le spectacle commence par donner leur forme exacte aux excuses du public, ce qui permet de voter pour elles sans honte — condition nécessaire pour que la suite serve à quelque chose.
La salle est bilingue, la même séance. Un écran en français, un écran en néerlandais, un vote commun. À Bruxelles ce n'est pas un détail de confort : c'est ce qui permet à un public réel d'exister dans la même pièce.
Ce qui coince
Le vote ne change pas le spectacle. Camille suit son chemin, les experts passent dans l'ordre prévu, la conclusion est écrite. Ce qui est collecté sert à afficher un miroir, pas à bifurquer : c'est un Faux Choix à l'échelle du dispositif entier. Défendable — on ne peut pas produire quatre versions d'un spectacle joué en direct — mais il faut regarder ce que le public croit faire en appuyant sur le bouton.
Le matériel est un matériel de congrès. Des boîtiers Reply Interact Mini, cinq touches numérotées, Yes / No / Abstain sérigraphiés à côté. Le même objet qu'une assemblée générale d'actionnaires. Rien n'a été fabriqué pour l'œuvre, et c'est la bonne décision : l'argent est passé dans les écrans, la comédienne et l'écriture, pas dans un objet sur mesure qui aurait fait la même chose.
Et l'œuvre n'existe plus. Le site officiel ne répond plus, les deux lieux ont démonté la salle : d'un spectacle qui a fait voter des dizaines de milliers de personnes pendant un an, il ne reste ni les résultats, ni la captation, ni la trace de ce que le public a répondu. C'est précisément la donnée qui faisait l'intérêt du dispositif.