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Soi-même

L'œuvre s'adresse à la personne qui est devant elle, sans costume, et travaille avec ses vraies données : ce qu'elle finit par montrer, c'est elle. Le prix : il faut écrire sans savoir qui lit.

Famille
role
Illustré par
Do Not Track, Génération What ?, The Johnny Cash Project, Lifeline
Voir aussi
Un personnage, Interactivité Collaborative (face à l'œuvre qu'on fabrique)

Définition

Pas d'avatar, pas de nom donné, pas de passé à endosser. L'œuvre s'adresse à la personne qui est devant l'écran et se sert de ce qu'elle sait d'elle : une réponse, une adresse, un historique de navigation, une webcam, l'heure qu'il est là où elle se trouve.

C'est le seul rôle où le contenu n'est pas entièrement écrit d'avance, puisqu'une partie vient du spectateur. Et c'est le seul où le spectateur ne peut pas se cacher derrière quelqu'un d'autre.

Schéma

Un personnage                    Soi-même

auteur ─► personnage ─► public   auteur ──► gabarit ──┐
                                                      ├──► public
        le public hérite d'un    ses données ─────────┘
        passé et de motivations
        qui ne sont pas les      l'auteur écrit la forme,
        siennes                  le public fournit le fond

Ce que ça produit

Do Not Track

est le cas de référence. Le documentaire demande l'autorisation, regarde ce que le navigateur laisse filtrer, et renvoie au spectateur son propre profil publicitaire au milieu d'un épisode sur la publicité ciblée. Le sujet est démontré sur lui plutôt qu'expliqué.

Génération What ?

pose des questions et situe ensuite le répondant dans le million de réponses des autres. Le retour n'est pas « voici ce que vous êtes », c'est « voici où vous êtes ». Le collectif fait le travail.

Lifeline

ne donne aucun rôle : le spectateur est lui-même, avec son téléphone, et quelqu'un lui écrit depuis une lune. Le temps réel achève l'effet — quand Taylor dort huit heures, l'attente dure huit heures.

The Johnny Cash Project

va au bout : le spectateur dessine une image du clip, et ce qu'il a fait de sa main reste dans l'œuvre. Là, être soi-même bascule dans la forme collaborative.

Ce que ça coûte

Écrire sans savoir qui lit. Le texte doit tenir pour quelqu'un de vingt ans comme de soixante, seul ou en classe, à Bruxelles ou ailleurs. Toute supposition ratée casse l'adresse d'un coup.

Les données ne viennent pas toujours. Permission refusée, navigateur verrouillé, réponse vide : il faut une version qui fonctionne quand il n'y a rien. C'est le cas par défaut, pas le cas dégradé.

La question du consentement se pose vraiment. Se servir des données de quelqu'un pour lui parler de lui suppose de dire ce qu'on prend, et de tenir quand il refuse. Une œuvre qui prend sans demander fait la chose qu'elle dénonce, ce qui rejoint ce que classer fait aux gens qu'on classe.

Erreurs courantes

  • Glisser vers un personnage parce qu'une scène avait besoin d'un passé. Le public ne sait plus à qui on s'adresse, et ça coûte l'adhésion
  • Confondre personnalisation et adresse. Afficher un prénom dans un gabarit n'est pas parler à quelqu'un
  • Prendre une donnée sans en faire quelque chose : si le résultat aurait été le même sans elle, elle n'avait pas à être demandée
  • Oublier que le public peut mentir, et il ment

En pratique

C'est le rôle le plus accessible, parce qu'il ne demande ni production de personnage ni comédien.

Une seule donnée suffit. L'heure locale, une réponse, une couleur choisie. En prendre une et en faire beaucoup, plutôt que d'en collecter dix pour les afficher en tableau.

Tester avec quelqu'un d'autre que l'auteur. C'est le rôle où l'auteur est le plus mauvais public : il sait ce qu'il fallait répondre.