Ce qui fonctionne
La ville est la seule source de la réponse. L'énigme ne peut pas se résoudre depuis le canapé : il faut lever les yeux vers la statue, compter les fenêtres, trouver la fausse porte. C'est ce qui distingue un parcours d'un questionnaire à choix multiples posé sur une carte, et très peu d'applications touristiques tiennent cette ligne.
Le décor est en photographie, la mise en scène en dessin. Les cases sont montées à partir de vraies vues de Tournai, découpées, inclinées, remplies de bulles. Le lieu qu'on a sous les yeux et l'image qu'on tient dans la main sont la même chose, une fois passée à la moulinette du trait. Un guide illustré aurait mis un dessin ; ici on garde la photo et on lui met une bulle.
La bande dessinée n'est pas un habillage. Tournai est une ville de bande dessinée, et l'application s'en sert comme d'un matériau plutôt que d'un thème : une énigme demande de reconstituer une phrase à partir de bulles découpées dans des albums réels — Blacksad, Rahan, Marmelade — chaque case créditée à son auteur. La forme de l'objet et le patrimoine dont il parle sont la même chose.
Un indice a un prix affiché. Cinq boutons, de moins cinq à moins cent points. Rien n'est bloqué, tout est facturé : c'est la façon la plus simple de laisser passer un joueur coincé sans faire semblant qu'il a trouvé. À retenir pour n'importe quel dispositif qui doit rester jouable par un enfant et par un adulte.
Ce qui coince
Le GPS décide, et il se trompe. L'application refuse d'ouvrir l'étape tant qu'elle ne vous croit pas arrivé. Sur place, à trois mètres de la fausse porte de la cathédrale, elle répond « tu n'y es pas encore » — et la boussole du menu annonce sereinement que la cathédrale est à quatre-vingt-douze kilomètres. Entre les murs de pierre et les rues étroites d'un centre médiéval, la localisation dérive exactement là où le parcours se joue.
Les auteurs le savent : il existe un bouton « si si j'y suis », caché derrière un point d'interrogation. C'est la bonne décision — un dispositif qui dépend d'un capteur doit prévoir que le capteur ait tort — mais il faut le trouver, et un groupe qui ne le trouve pas s'arrête là.
Et l'application est le seul support. Rien n'est imprimé, rien ne se rejoue : le jour où elle quitte les boutiques ou cesse d'être compatible, le parcours n'existe plus, alors que les lieux, eux, seront toujours là. Un plan papier aurait survécu au téléphone.