Pourquoi c'est inspirant
L'interface est une ombre. Rien à tenir, rien à installer, rien à comprendre : on marche sur une place et on est déjà dedans. C'est l'entrée la plus basse qu'un dispositif puisse avoir, et c'est ce qui permet à des gens qui ne sont pas venus pour ça d'y participer.
Le dispositif fabrique une société en quelques minutes. Il faut être plusieurs, et proches, pour découvrir un grand portrait : les inconnus se mettent à coordonner leurs corps sans se parler. L'auteur n'a écrit aucune règle sociale — elle émerge de la contrainte physique, exactement comme la table de Alice is Missing ou la foule du Telegarden.
La référence est du XVIIe siècle. Lozano-Hemmer cite une gravure de Samuel van Hoogstraten, La Danse des ombres (Rotterdam, 1675). Le geste n'a pas été inventé par la technologie : il a été retrouvé, et rebranché. Bon antidote à l'idée que ce champ commence avec l'ordinateur.
Ce qui coince
C'est une pièce d'événement : projecteurs robotisés, façade, régie, autorisations de place publique. Elle n'existe que le temps d'une installation, et ce qu'on en voit aujourd'hui est de la documentation.
Et les portraits projetés ont été pris dans les rues de la ville hôte : le dispositif suppose qu'on ait photographié des gens pour les rendre à d'autres. La question du consentement s'y pose, et elle mérite d'être posée en cours plutôt qu'esquivée.