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Poussez la porte du Parlement de Wallonie

Une borne d'accueil pour les visiteurs du Parlement de Wallonie, à Namur : un grand écran tactile encastré dans une paroi imprimée, en quatre langues, où l'on fait tourner le plan de l'hémicycle pour savoir qui occupe quel siège, où l'on consulte l'agenda réel des commissions, et où l'on répond à huit questions sur ce que le Parlement fait au juste.

Année
2021
Par
Tiny Big Story, Kascen
Catégories
Muséale, Interface
Concepts
La carte, L'espace en trois dimensions
Une paroi de cloison imprimée dans un couloir bétonné, sous des néons. Au centre, un grand écran tactile paysage encastré affiche une page d'accueil ; à droite, un écran vertical plus étroit. Sur la paroi, en grandes lettres, « Poussez la porte du PARLEMENT DE WALLONIE ! », et autour, en gris, les mots proposition, résolution, décret, président, démocratie, auditions, contrôle.
Parlement de Wallonie

Pourquoi c'est inspirant

Ce n'est pas du web, et c'est quand même du web. L'application est faite avec Unity : ce que le visiteur touche est rendu par un moteur de jeu, pas par un navigateur. Mais tout ce que la borne sait du monde lui arrive par les mêmes tuyaux que n'importe quel site — des requêtes HTTP vers des adresses qui répondent en JSON. La façade est un jeu vidéo, la plomberie est du web.

Ce qui compte est la séparation, pas le cas particulier : « c'est du web » n'est pas une réponse, parce que le web est deux choses empilées. Il y a des protocoles — HTTP, les adresses, les formats d'échange — et il y a un moteur de rendu, qui transforme du HTML en pixels. L'un se prend sans l'autre, et les deux moitiés se troquent séparément.

Le web hors du navigateur raconte le troc dans un sens : des interfaces en HTML et CSS partout, jusque dans une capsule spatiale. Cette borne-ci fait l'échange inverse, et c'est le même enseignement vu de l'autre côté. Ce qui voyage le mieux n'est pas le langage : ce sont les protocoles. Ils sont plus vieux, plus stables, et ils se moquent de ce qui affiche.

Une API s'appelle de la même façon depuis JavaScript, depuis Unity, depuis un microcontrôleur ou depuis un logiciel de montage. Ce n'est pas une compétence de développeur web, c'est la compétence commune à tout ce qui se branche.

Écran d'accueil intitulé « Que souhaitez-vous faire ? ». Trois panneaux verticaux côte à côte, sur fond de photographies de l'hémicycle : « Je visite la Salle des séances plénières et fais connaissance avec les députés wallons », « Je découvre l'agenda des travaux et les médias sociaux du Parlement », « Je teste mes connaissances générales sur le Parlement ».
Trois portes, et rien d'autre. Une borne n'a pas de menu : elle a une première question. Parlement de Wallonie

Le plan de la salle est un classement politique rendu visible. Les soixante-quinze sièges sont dessinés à leur place réelle et coloriés par groupe. On tourne le volume du doigt, on touche un siège, une fiche de député s'ouvre. L'information n'est pas la liste des noms — une liste tiendrait sur une page — c'est le voisinage : qui siège à côté de qui, quel bloc occupe quelle rangée, quelle couleur remplit la salle. C'est exactement ce que la carte exige pour se justifier, et c'est aussi ce que ranger veut dire : le plan ne montre pas l'assemblée, il en propose une lecture.

Vue isométrique en trois dimensions de l'hémicycle wallon, dessinée à plat. Les sièges sont des pastilles colorées par groupe politique — vertes, oranges, rouges, bleues — disposées en rangées courbes autour d'une tribune surmontée d'un coq. En haut à droite, la fiche d'un député s'est ouverte : portrait, « BORSUS Willy », la liste de ses compétences ministérielles et un QR code. Sur le bord droit, quatre onglets : FR, NL, EN, DE.
Toucher un siège ouvre la fiche de qui l'occupe. Le QR code emporte la fiche sur le téléphone, ce que la borne ne peut pas faire. Parlement de Wallonie

Quatre langues sur le même gabarit. FR, NL, EN, DE : les onglets sont sur le bord droit de chaque écran, à portée de pouce. Ce n'est pas une option de confort dans ce pays-ci, c'est la condition pour qu'une institution fédérale s'adresse à ceux qu'elle représente. Et pour qui fabrique la chose, c'est la contrainte qui décide de tout le reste : aucune longueur de texte n'est connue à l'avance, donc aucune boîte ne peut être dessinée à la taille de sa phrase française.

Une borne vit du dehors

Le module le plus fragile de la borne est celui qui la rend vivante. L'agenda affiche les vraies commissions, à leur vraie date, avec les vrais députés qui y siègent — il va chercher ces données ailleurs, dans les systèmes du Parlement, et il les affiche telles qu'elles arrivent.

Tant que la source répond, la borne est un objet d'actualité : le visiteur apprend ce qui se passe dans le bâtiment où il se tient, aujourd'hui. Le jour où la source change d'adresse, de format ou de propriétaire, l'écran continue d'afficher quelque chose — la dernière chose qu'il a reçue. Une borne ne dit jamais qu'elle a cessé de comprendre le monde. Elle affiche mars 2021 avec le même aplomb qu'elle affichait ce matin.

Écran de l'agenda. Un panneau central annonce « 30/03/2021 15:00 — Commission de l'économie, de l'aménagement du territoire et de l'agriculture », suivi d'une grille de vingt portraits de députés avec leur nom et une pastille de couleur. Un texte à droite précise le nombre de membres et de suppléants. De part et d'autre, des photographies des salles de commission.
Une date, une commission, ceux qui y siègent. C'est ce qui distingue une borne d'un panneau imprimé, et c'est ce qui périme le premier. Parlement de Wallonie

Ce qui coince

Le lieu ne laisse pas le temps. La borne est posée dans un couloir de passage, sous des néons, contre une cloison de chantier. Il n'y a pas de siège, pas de recul, pas d'ombre : on est debout, on attend quelqu'un, on repart. Or faire tourner un hémicycle et lire une fiche de député demande une minute, et répondre à huit questions en demande cinq. Le dispositif est calibré pour un temps que l'endroit ne donne pas — un décalage qui se décide en scénographie bien avant la première ligne de code, et qu'aucune interface ne rattrape.

Le couloir en enfilade : la longue paroi imprimée avec ses écrans à gauche, le sol de béton lisse, un vélo électrique noir garé au premier plan et une valise posée par terre. Au fond, à droite, un escalier de béton nu et une structure de chantier.
Namur, juillet 2021. Un espace de circulation, pas une salle. Parlement de Wallonie

Le quiz est le module le plus facile à vendre et le plus difficile à défendre. Huit questions à choix multiple, une coche verte, une croix rouge. Ça marche : les gens jouent, et on peut compter les parties. Mais l'objet du quiz est le partage des pouvoirs dans une démocratie régionale, et une bonne réponse ne prouve pas qu'on l'a compris — elle prouve qu'on a lu l'écran précédent. La question à se poser sur ce genre de module n'est pas « est-ce que les visiteurs jouent », c'est « qu'auraient-ils appris s'ils n'avaient pas joué ».

Écran de quiz sur fond rouge à bandes verticales. En haut, huit numéros dont le premier est actif. La question : « Le Parlement de Wallonie contrôle-t-il : » et trois réponses étiquetées A, B et C. Au centre, une grande coche verte et une grande croix rouge ; en bas à droite, « Question suivante ».
Huit questions, deux symboles. Le vocabulaire du jeu télévisé appliqué au partage des pouvoirs. Parlement de Wallonie

Et il n'y a personne pour la relancer. Une borne s'allume le matin et s'éteint le soir, dix heures durant, sans que quiconque la regarde. Ce qu'un onglet pardonne parce qu'on le referme — une fuite de mémoire, une animation qui dérive, une requête qui n'aboutit jamais — devient ici un écran figé que le premier visiteur du lendemain prendra pour une panne du Parlement. Un moteur de jeu tourne à sa cadence tant qu'on ne l'arrête pas : il ne se repose pas entre deux visiteurs, et il additionne pendant dix heures ce qu'une page oublie à chaque rechargement.