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In C

Une partition d'une seule page : cinquante-trois courts motifs, à jouer dans l'ordre. Aucune instrumentation n'est indiquée, aucun tempo non plus, et le nombre de musiciens est libre. Chacun décide quand il entre, combien de fois il répète un motif, quand il passe au suivant. La pièce dure entre vingt minutes et plusieurs heures, et ne sonne jamais deux fois pareil. Créée le 4 novembre 1964 au Tape Music Center de San Francisco.

Année
1964
Par
Terry Riley
Catégories
Performance
Encadrée sur un mur du Carnegie Hall, une page de musique manuscrite de la main de Terry Riley : quelques portées de motifs courts, rehaussées à l'aquarelle, portant la dédicace « for Carnegie Hall, with great appreciation » et sa signature
Terry Riley — photo Wikimedia Commons

Pourquoi c'est inspirant

L'œuvre est le protocole. Ce que Riley a écrit tient sur une page et ne décrit aucun résultat : il décrit une règle de comportement. Ce qu'on entend est produit par des gens qui appliquent cette règle en s'écoutant les uns les autres. C'est exactement ce que fait le code, et exactement ce que font les Wall Drawings de Sol LeWittquatre ans plus tard. Utile pour ne pas laisser croire que l'idée est née dans les arts visuels.

La règle est minuscule, le résultat ne l'est pas. Cinquante-trois motifs et trois phrases de consigne produisent une pièce différente à chaque exécution, sans hasard et sans machine. C'est le meilleur argument qu'on ait contre l'idée qu'un système riche demande beaucoup de contenu — le même argument que porte la structure à état côté récit.

La contrainte est ce qui fait tenir la liberté. Tout le monde joue les mêmes motifs, dans le même ordre, sur une pulsation commune. Retirer ça, et il ne reste qu'une improvisation. C'est la démonstration, en musique, de ce que Jenkins dit des récits émergents : ce n'est pas l'absence de structure qui permet l'émergence, c'est une conception très rigoureuse. Voir raconter par l'espace.

Une exécution complète, par l'Africa Express au Tate Modern.

Ce qui coince

Le public n'y fait rien. Ce sont les interprètes qui décident, pas la salle : c'est un protocole partagé entre exécutants, pas un dispositif interactif. La distinction vaut d'être tenue, sinon tout devient interactif et le mot ne sert plus à rien.

La pièce existe en plusieurs versions jouables dans un navigateur, où la machine tient le rôle des musiciens. Elles sont commodes pour entendre le principe, et elles perdent précisément ce qui fait la pièce : des gens qui s'écoutent et hésitent.