Pourquoi c'est inspirant
L'enquête se comprend en la jouant. On ne lit pas que l'aide internationale s'est mal répartie : on essaie de la répartir, on manque d'argent, on arbitre entre le logement et l'eau, et on découvre pourquoi les gens sur place ont fait ce qu'ils ont fait. C'est le choix rationnel au service d'un sujet documentaire — le plus cher à écrire, et ici il tient.
Le rôle est assumé. Le joueur est une divinité : personne dans le récit, tous les leviers. Le dispositif ne prétend pas faire de lui un Haïtien, et c'est plus honnête que la plupart des documentaires immersifs, qui promettent de mettre « à la place de ».
Le mélange fiction/réel est la méthode. Les dilemmes sont fabriqués, les problèmes ne le sont pas. C'est le compromis qui rend le sujet jouable sans inventer les faits, et il pose une question ouverte : jusqu'où peut-on romancer un dispositif pour rendre une réalité intelligible ?
Ce qui coince
C'est un jeu sérieux commandé par un média, et ça se voit : la pédagogie prend parfois le pas sur l'expérience, et certaines conséquences sont expliquées plutôt que ressenties.
Le site de Rue89 qui l'hébergeait n'existe plus : le domaine ne répond même plus. Prix AFD/Nikon du meilleur webdocumentaire 2014, Online Journalism Award, vingt mille euros de financement européen — et il ne reste que la page du studio. Même sort que Fort McMoney, à un an d'écart.
Reste une question qu'on ne peut pas éviter : on arbitre depuis l'Europe sur le sort d'un pays qu'on ne connaît pas, et le dispositif nous met dans la position des bailleurs plutôt que dans celle des habitants. C'est cohérent avec le sujet — l'enquête porte justement sur l'aide internationale — mais ça mérite d'être nommé.