Pourquoi c'est inspirant
L'interaction attend son tour. Le film décide quand il est possible d'agir. Le reste du temps, c'est du montage, avec un rythme et une voix. Cette alternance règle un problème que beaucoup de data storytelling ne règle pas : qui mène, de l'auteur ou du lecteur. Ici c'est l'auteur, sauf à trois ou quatre endroits, et c'est pour ça que ça tient quinze minutes.
Une barre peut faire un plan. Halloran filme des graphiques comme on filme un décor : profondeur de champ, échelle, temps de pause. La visualisation n'illustre pas le propos, elle est le propos. Voir La frise du temps.
La quantité devient physique. Une figure = un mort. Quand l'écran se remplit puis continue de se remplir, le nombre cesse d'être un nombre. C'est la seule chose que le graphique fait mieux que la phrase.
Le doute est montré. Les estimations divergentes apparaissent comme fourchettes, pas comme chiffres nets. Un documentaire qui affiche son incertitude au lieu de la lisser. C'est rare, et à copier.
Ce qui coince
L'interactivité est mince : trois ou quatre pauses où l'on peut cliquer. Les retirer, et il reste un très bon film. Utile comme cas limite : jusqu'où peut-on retirer l'interaction avant que l'œuvre change de nature ?
Et le montage impose une lecture. Les morts sont comptés, comparés, mis en rythme avec une musique qui dit quoi ressentir. C'est efficace, et c'est exactement ce qu'il faut savoir regarder de travers : un graphique n'est pas neutre parce qu'il est chiffré.