Pourquoi c'est inspirant
Tout le récit tient dans le décor. Aucun personnage ne vient exposer la situation. On comprend qui est qui en lisant des pages d'accueil, en recoupant des pseudonymes, en remarquant qu'un site n'a pas été mis à jour depuis trois semaines. C'est de la narration environnementale appliquée à un espace qui n'a pas de sol : voir Structure Constellation (Rhizome).
Le faux web est juste jusqu'au détail qui blesse. Fonds étoilés, curseurs personnalisés, compteurs de visites, MIDI en boucle, orthographe d'adolescent : la reconstitution est assez précise pour qu'on retrouve des réflexes de navigation oubliés. Un objet d'archéologie du web à montrer avant de parler de ce que le web a perdu en devenant propre.
Le joueur est du côté du pouvoir. On ne subit pas la modération, on la pratique : on retire des pages, on sanctionne, on obéit à un règlement écrit par une entreprise. Le jeu ne dit jamais que c'est mal, il laisse faire pendant six heures et montre ensuite ce que ça a coûté. Voir Un personnage.
Chercher est le verbe. Pas de quête fléchée : un moteur de recherche, des mots-clés, et l'intuition qu'un mot croisé quelque part mènera ailleurs. La compétence exercée est celle du documentaliste, et c'est rare qu'un jeu la prenne au sérieux.
Ce qui coince
La nostalgie fait une partie du travail à la place de l'œuvre. Pour qui n'a pas connu ce web, une bonne moitié des blagues tombe à plat, et il reste un jeu d'enquête volontairement pénible à naviguer.
La dernière partie abandonne le bac à sable pour un scénario qui se referme vite, et le meilleur du jeu — l'errance sans consigne — se trouve alors derrière soi.