Il fait trois fois la même œuvre, et c'est la raison de le regarder. À chaque fois : des vidéos tournées comme du cinéma, découpées en fragments, et une interface qui refuse de les rendre dans l'ordre. Ce qui change d'une fois sur l'autre, c'est la clé d'accès. Le mot tapé dans Her Story (2015). Le même mot dans Telling Lies (2019), sauf qu'on ne voit jamais qu'un côté de la conversation, et qu'il faut deviner l'autre. L'objet dans l'image dans IMMORTALITY (2022). Trois fois la même matière, trois portes différentes, trois récits qui ne se racontent pas pareil : c'est une démonstration en trois pièces que l'interface n'est pas l'emballage.
Il appelle ça le desktop thriller — le récit se joue sur un écran d'ordinateur qu'on manipule, et le logiciel qu'on manipule appartient à la fiction. C'est un genre qu'un cinéaste peut fabriquer : il demande un tournage, un tableur et une base de données, pas un moteur de jeu.
Il ne vient pas de là. En 1999, Aisle tient en un seul coup — une commande, une seule, et le texte bifurque vers des dizaines de fins qu'on ne verra jamais dans la même partie. Puis dix ans chez Climax, dont Silent Hill: Shattered Memories (2009), un jeu d'horreur qui vous fait remplir un questionnaire de psychologue entre deux chapitres et se réécrit sur vos réponses. Voir Structure à État (Le récit se souvient). Vingt-cinq ans plus tard, c'est toujours le même sujet : ce que la machine sait de vous, et ce qu'elle vous laisse voir.
Il a fondé Half Mermaid en 2017, à Brooklyn.