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What the 1921 Tulsa Race Massacre Destroyed

Publié le 24 mai 2021, pour le centenaire. Dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1921, une foule blanche détruit Greenwood, le quartier noir de Tulsa, en Oklahoma, assez prospère pour qu'on l'appelle Black Wall Street. Le New York Times a reconstruit en trois dimensions la rue principale (plus de soixante-dix commerces) puis élargit à l'ensemble des trente-cinq pâtés de maisons. On descend la rue, on entre chez les gens, et on voit ce qui a été effacé.

Année
2021
En ligne
https://www.nytimes.com/interactive/2021/05/24/us/tulsa-race-massacre.html
Par
New York Times, Yuliya Parshina-Kottas, Anjali Singhvi
Catégories
Documentaire
Concepts
Structure Linéaire
Reconstruction en trois dimensions, tout en gris, d'une rue commerçante de Greenwood en 1921 : devantures et voitures d'époque, chaque commerce nommé par une étiquette — Williams Confectionery, East End Doughnut Shop, Little Rose Beauty Salon
The New York Times

Comment on rebâtit une rue qui n'existe plus

C'est la partie à montrer, parce qu'elle est faite d'archives et pas de magie.

Les sources : les plans d'assurance incendie Sanborn, qui notent la hauteur des bâtiments ; l'annuaire de la ville de 1921 ; les recensements ; les annuaires scolaires ; les archives de presse ; les photographies ; les témoignages de survivants. La reconnaissance optique de caractères a servi à extraire les noms et les commerces des annuaires, pour les replacer ensuite adresse par adresse.

Un algorithme d'apprentissage automatique a fait un premier passage : lire les plans à plat et en sortir des volumes. Ce n'est que le dégrossissage. Ensuite, des mois de travail manuel : vérifier une adresse, la position d'une fenêtre, recomposer un pâté entier à partir de références rares.

La machine a fait la passe grossière. Des gens ont fait le reste. C'est à peu près l'inverse de ce que raconte la communication habituelle sur ces outils, et c'est pour ça que la fiche insiste.

Les autrices racontent la fabrication de la page : sources, modélisation, choix de cadrage.

Le modèle dit ce qu'il ne sait pas

Le détail qui fait la valeur de la pièce : les bâtiments pour lesquels il n'existe aucune photographie sont affichés sans détail. Volumes nus, pas de fenêtres inventées, pas de façade plausible.

L'incertitude est donc lisible dans l'image elle-même. On voit du premier coup d'œil ce que les archives ont conservé et ce qu'elles ont perdu. Et perdre, ici, n'est pas neutre : c'est le résultat de la destruction qu'on est en train de regarder.

À comparer avec la reconstitution habituelle, qui remplit tout au même niveau de finition et ne distingue jamais ce qui est documenté de ce qui est supposé. C'est le geste que ranger n'est pas neutre décrit par l'autre bout : une donnée ne se trouve pas, elle se décide, et ici quelqu'un a décidé de rendre visibles les trous.

Ce qui fonctionne

Le récit est une rue. On avance d'un commerce à l'autre, dans l'ordre des numéros. Le cabinet du médecin, la salle de billard, le barbier, l'hôtel, et les gens qui les tenaient. Pas de menu, pas de branche : une structure linéaire où le déplacement dans l'espace tient lieu de progression.

L'échelle est le sujet. On finit en vue aérienne sur les trente-cinq pâtés de maisons. Après une heure passée à hauteur de trottoir, le plan large fait le travail qu'aucun chiffre ne ferait.

Les données sont publiées. Le Times a déposé les fichiers du projet sur GitHub. On peut vérifier, réutiliser, contredire. Pour une reconstitution historique, c'est la seule position tenable.

Ce qui coince

C'est derrière un péage, et ça ne s'ouvre pas toujours. Une pièce sur un massacre raciste dont l'accès dépend d'un abonnement pose une question que le journal ne pose pas.

Et le procédé est coûteux : deux journalistes-graphistes à plein temps pendant des mois, plus les archives. Ce qui vaut d'être retenu est la méthode et l'honnêteté du rendu, pas un modèle reproductible à moindres moyens.