Pourquoi c'est inspirant
La technique interdit de trancher. Des acteurs filmés puis redessinés image par image : le monde ordinaire et la vision ont exactement la même texture. Aucun filtre bleuté, aucun flou, aucune musique qui prévient. Le spectateur n'a pas d'indice extérieur — il n'a que ce qu'Alma croit, et c'est précisément le sujet.
Le récit non fiable est porté par la forme. La plupart des œuvres à narrateur douteux finissent par livrer la clé. Celle-ci tient les deux lectures ouvertes jusqu'au bout, en donnant à chacune les mêmes moyens visuels. Même problème que Before Your Eyes, résolu autrement : là c'est le geste qui trahit le montage, ici c'est le dessin qui refuse de le faire.
Le temps devient un espace praticable. Alma revient dans une scène déjà vue et s'y déplace, la regarde d'un autre endroit, y parle à quelqu'un qui ne l'entendait pas. Plusieurs versions du même moment cohabitent — voir Structure Parallèle — sans qu'aucune ne soit désignée comme la vraie.
Le handicap et la maladie mentale ne sont pas des métaphores. La question « don ou psychose » est aussi une question de famille, de diagnostic et de honte, traitée sans que la réponse serve de chute. C'est rare, et ça change la nature de l'ambiguïté : elle coûte quelque chose à quelqu'un.
Ce qui coince
La rotoscopie a un coût qui la met hors de portée : une saison de huit épisodes de vingt-cinq minutes a demandé plus de cent mille images dessinées à la main. Comme référence de forme, c'est utile ; comme modèle de production, non.
La seconde saison résout une partie de l'ambiguïté, et perd du même coup ce qui faisait tenir la première. La leçon est là aussi : une œuvre qui repose sur un doute a intérêt à s'arrêter avant de le lever.