Le geste
Il n'y a qu'un geste possible : toucher l'écran sans relâcher. Pas de navigation, pas de boutons, pas de menus. La pression continue du doigt devient une présence persistante, agrandie mille fois sur une façade de 65 m par 110 m, visible à un kilomètre et demi.
L'écart entre les deux échelles est tout le propos.
Chaque doigt relâché fait perdre du temps de présence.
Chaque moment de persistance rapporte des lucky charms qui décorent le poisson.
Plus on joue de façon compulsive, plus la créature devient belle.
Pourquoi c'est inspirant
Plutôt que de parler de l'addiction aux écrans, l'œuvre la fait vivre. En jouant, on éprouve la compulsion, la fatigue du doigt, l'obligation de persister parce que les autres regardent. C'est une critique qu'on ressent avant de la comprendre.
Et elle est belle. Studio Moniker fabrique une beauté addictive pour critiquer la beauté addictive : la contradiction est assumée, et c'est ce qui rend l'œuvre discutable.