Pourquoi c'est inspirant
Une règle de fiction devient une règle graphique. Les enseignes, les slogans, les patronymes envahissent chaque planche, se superposent aux corps, débordent des cases. On ne lit pas une description de la saturation : on la subit page après page, et on cherche le personnage dans le bruit comme elle cherche à exister dedans.
La métaphore est prise au pied de la lettre, donc elle fonctionne. « Être connu pour vivre » n'est pas une image : c'est le système de santé du monde. À partir de là, tout devient concret — les cliniques de Présence, les gens qui se paient une publicité pour survivre, ceux qui meurent d'un changement de mode. Une idée de règle, tenue jusqu'à ses conséquences sociales.
Le rouge et le noir font le travail du niveau de danger. Deux couleurs, et la quantité de rouge dans la page dit où en est Manel. L'information d'état ne passe ni par un compteur ni par une réplique : elle passe par la surface. C'est exactement ce qu'on demande à une interface de faire.
C'est le pendant de Click Click Click sur papier. L'un montre ce que nos gestes livrent de nous, l'autre ce qu'il en coûte de ne pas être regardé. Les deux ensemble tiennent la question sans qu'on ait besoin de citer une statistique.
Ce qui coince
Le livre dit son idée très vite et la répète beaucoup ; la seconde moitié ajoute une course-poursuite qui n'apporte rien au dispositif. Ce qu'on retient est dans les trente premières pages.
Publié aux éditions 2024, qui s'appellent désormais 2042 — l'adresse a changé, le nom aussi. Fauve du Public France Télévisions à Angoulême en 2022.